Keane, de Lodge Kerrigan
Alors que j'essayais de mieux connaître l'œuvre des différents réalisateurs
sélectionnés à ce 63ème Festival de Cannes, je me suis intéressé à Lodge
Kerrigan et j'ai donc regardé Keane, me disant que s'il était présenté
à la Quinzaine des réalisateurs 2005, et produit par
Steven Soderbergh, ca ne pouvait pas être un mauvais film.
Première scène. On voit un homme qui demande de l'aide. Il cherche une petite
fille mais les passants semblent l'ignorer. S'en suit un long monologue où
William Keane (c'est le nom du premier rôle) tente de se remémorer les
événements :
« Combien de temps ca a duré. Pas longtemps. Combien de temps on a parlé ? 10 minutes. 10 minutes, impossible. Réfléchis ! Combien de temps ? "On est à la gare, on va monter dans le bus." 40 secondes. »
Et il faut le dire, le film comporte nombre de ces monologues. Les monologues évoluent, et on voit au fil de ceux-ci Keane devenir fou.
« Il va venir. Il va venir. Il est ici. Je le sais. Il est ici. Réfléchis. Réfléchis. 4h30 pour Carlstadt, porte 8. Pourquoi il passe pas la porte ? Pourquoi ? Il sait que tu regardes ! Il sait qui tu es... Il t'as vu... Il te regarde, là. Où est-il ? Il te regarde. Bouge... Bouge ! Attends, il faut que tu le suives. Il faut que tu renverses la situation… »
Keane rencontre alors une fille et sa mère, et commence à se rapprocher d'elles. Petit à petit on comprend que Keane va enlever cette petite fille, et c'est là la partie la plus intéressante du film, puisque nous essayons de comprendre pourquoi.
Veut-il remplacer sa fille ? Pense t'il que cette petite fille mérite une vie meilleure, puisqu'elle habite avec sa mère dans une chambre d'hôtel ?
Ne veut-il pas seulement se servir d'elle comme appât à la gare où il a perdu sa fille ?
On en vient même à se demander si le film n'est pas monté à l'envers, et que la petite fille qu'il avait perdue n'est pas celle qu'il a "emprunté" à sa mère...
On se rend bien compte que Keane est fou, et c'est ce qui rend l'interprétation de ce film difficile jusqu'à la dernière scène. Keane devient-il fou suite à la perte de sa fille ? Peut-être a t'il même inventé cette histoire d'enlèvement ?! Peut-être pour se justifier celui qu'il veut faire ?
Keane est donc un film touchant et très réaliste qui parle du deuil après un enlèvement, mais aussi de pathologie mentale. J'ai vraiment apprécié ce film, et je ne saurais que vous recommander de le voir ! C'est avec plaisir que je vais m'intéresser aux autres films de Kerrigan, et j'irai très probablement voir Rebecca H. (Return to the dogs) qui est sélectionné dans la section Un certain regard cette année à Cannes !




